Etre Père et être consultemps.

Etre Père et être consultemps, c’est pas facile. Pour peu que tu aies besoin de sortir un peu du moule de temps en temps. Ou que tu ne sois pas très dispo sur le moment. Pour peu que tu aies de mauvaises relations avec ta hiérarchie, ou que tes missions t’emmerdent. bof… En temps normal, ça passe. Mais quand tu as le bonheur d’être le papa d’une petite chose, c’est nettement plus compliqué. Parce que tu passes du temps avec elle dès sa naissance (et on l’espère, avant aussi ^^). Et d’un coup, à la fin de ton congé pat’, tu retournes à une réalité pro tellement plus morne car loin d’elle.

Alors être père et être consultant, ça donne envie de consulter mais ça laisse pas le temps de le faire. Et ça lasse à force de pas être perspicace, quant au seul sultan qui te manage comme un consul ses compères. Il tend à perdurer ton temps au taff. T’as du temps à rattraper après tout après ton congé. Autant dire que c’est pas tant le con qui est pas content que le taff qui tend à connaitre des impères. Enfin, tant qu’on tempère ses impairs à temps, on tend à être père. Partant pour pas finir conseultant ?

Mon poto qui pleure.

Un bon ami à moi est devenu père il y a pas longtemps. La première fois que je l’ai vu après la naissance de sa fille, il m’a dit : « C’est la plus grande chose qui me soit jamais arrivé. » Je ne l’avais jamais vu rayonner comme ça. Complètement changé : paisible, joyeux, dédié à son enfant. Comme sur un nuage….

Je l’ai revu 3 mois plus tard. Et il était de nouveau tendu, anxieux et stressé. Il m’a dit ça : « Chaque jour que je passe loin d’elle, chaque journée où je ne peux pas m’en occuper, lui montrer à quel point je l’aime, à quel point rien ne compte plus à mes yeux que d’être auprès d’elle. Chaque jour où la société me force à travailler alors que ma femme peut bénéficier d’un congé maternité : à la fin de chacune de ces journées, je la vois qui me souris un peu moins et qui s’éloigne un peu plus. » Ça m’a fait une peine immense pour lui par ce qu’il ne rayonnait plus du tout. Et il y avait un immense regret en lui.

Un petit état des lieux

Pour info, la durée du congé paternité est de 11 jours calendaires. Additionnés aux 3 jours ouvrés de congé naissance, on oscille entre 14 et 18 jours calendaires. Le congé maternité comprend une période de 16 semaines : 6 avant l’accouchement (avec une possibilité de congé pathologique de 2 semaines supplémentaires en cas de grossesse difficile), 10 semaines après l’accouchement (avec une possibilité de de congé pathologique postnatal de 4 semaines consécutives) – par ici pour les sources juridiques.

Bilan : entre 2 et 2,5 semaines pour un nouveau papa, et entre 16 et 22 semaines pour la maman : soit coefficient de variation oscillant entre 6,4 et 11. Mon propos n’est pas de critiquer les avantages concédés et conquis par et pour les mamans : je me réjouis vraiment qu’une toute nouvelle mère dispose de pas loin de 5 mois pour accueillir son nouvel enfant dans ce monde. Mon propos est d’interroger les effets produits par cet écart de traitement entre homme et femme.

Matérialisme et économie

Matérialisme …

Après t’avoir présenté ces faits, je voudrai faire une petite pause pour te parler de matérialisme. Attention ^^ il ne faut absolument pas comprendre ce terme dans le sens : « je veux toujours plus d’objets autour de moi« . Mais plus dans le sens du matérialisme philosophique et historique. Le matérialisme se définit alors ainsi (si je dis pas de conneries) : nos représentations, nos pensées, notre conception du monde et le monde lui-même émanent de l’existant.

Donc, si on adopte une perspective matérialiste pour reconsidérer les datas que je t’ai cité précédemment, cette différence de temps « de repos » (qui ne l’est pas tant que ça en vrai ^^) va introduire une scission au sein du couple et du foyer, et de fait, favoriser l’émanation de deux rôles distincts (pour le meilleur ou pour le pire, c’est pas le sujet ^^), je constate juste qu’on introduit via la loi une inégalité de traitement dans le couple de jeunes parents (je parle pas d’iniquité).

Mais pourquoi t’écris ça, Zaza ? T’enfonces des portes ouvertes ? Au final, notre bon vieux patriarcat va bientôt s’écrouler ! Merci aux féministes gaucho-syndicalistes et aux reptiliens musuljuifs !

On pourrait dire ça : notre société est globalement pris dans une dynamique où les genres (=identité construite sur le corps) sont de moins en moins séparés par une frontière nette et précise (encore une fois, pour le meilleur ou pour le pire, c’est pas le sujet ^^). Donc au final, on devrait tranquillement déboucher sur une disparition du rôle tradi’ de papa et maman. Le temps passé près de son nouveau-né devrait donc de plus en plus être similaire, pour l’un et l’autre sexe.

Bah je pense pas : à mon sens, une autre dynamique ayant un effet contradictoire à cette première finira par l’emporter sur cette dernière : la libéralisation de nos économies.

… et économie.

Encore un gros mot dénaturé par des années de café philo-ricard. Dans mon propos, le libéralisme est simplement la volonté de lever des contraintes préalablement instaurées sur un espace économique national (si on reste à une échelle nationale, et pas européenne bien sûr) de façon à diminuer l’interventionnisme de l’état et à limiter les distorsions qu’il produirait ainsi sur le marché. Sur le sujet, Milton Friedman ici et ici si ça t’intéresse. Friedman s’opposait à la conception du rôle de l’état chez John Maynard Keynes, par ici et ici; et surtout, clique ici pour lire un bon article.

Et je pense qu’on peut plus ou moins s’entendre sur la libéralisation de notre économie nationale – et ça que tu sois un jeune fasciste qui ne manque pas sa parution de Rivarol, ou un des traditionnels punks à chiens de la FI – en passant par le très nouveau « macroniste » au polo saumon qu’il a rageusement jeté sur ses épaules.

Donc si on s’entend là dessus, eh bien on peut effectivement supposer (en tout cas moi, je suppose) qu’il va y avoir un équilibrage du temps de repos lié à la naissance entre les deux conjoints, mais plutôt à la baisse (en France, toujours). Et ça c’est naze : faut pas niveler par le bas quoi ^^ !

Retour au sujet de l’article

Revenons à notre sujet parce que ça fait pas loin de 517 mots que je m’en éloigne. Si j’écris cet article, c’est parce qu’en voyant mon ami, je me suis rendu compte d’une chose. Le fait qu’il n’ait pas la chance de passer autant de temps qu’il l’aurait souhaité avec sa fille entraîne qu’il ne peut pas pleinement créer du lien avec elle.

Prends la perspective de la gamine, après tout ! Elle voit quelqu’un qui s’occupe d’elle. Elle l’entend, elle le sent, elle le touche. Cette personne la nourrit alors qu’elle a faim. Elle prend soin d’elle alors qu’elle peut pas bouger. « Jusqu’ici RAS, ce caretaker est nikel » elle doit surement articuler dans son petit crâne pas encore fermé. Et du jour au lendemain, BIM ! Elle ne le voit que le soir, à peine quelques heures par jour. Un bébé de moins d’un mois peut pas comprendre que son père doit retourner travailler. Il ne peut pas comprendre au demeurant ce qu’est une obligation ou un travail. Et ça va continuer, jusqu’à ce qu’elle soit plus en capacité de comprendre son environnement déjà ^^. Elle va donc favoriser ses relations avec la personne qui est resté auprès d’elle. Et le papa, il bade sa race.

Mon pote, il a pas la latitude d’être pleinement ce père qu’il souhaiterait être. Et il a pas non plus la possibilité de se construire comme le père qu’il aimerait devenir. On le retranche en somme de ce qu’il pourrait incarner pour cet enfant. Et ça m’a fait de la peine de voir mon ami aussi malheureux.

Conclusion :

Etre père et être consultemps, l’un n’exclue pas l’autre. Mais y’a une priorité à donner, le chronophage consulting t’y contraint… Et il faut choisir l’un ou l’autre : le taff ou la famille.

Travailler c’est bien, mais profite de tes gosses 🙂 parce qu’au jour de ta retraite, c’est pas ton boss qui viendra te voir. C’est comme partout : on ne reçoit jamais que ce que l’on donne. Et si tu ne construis pas au jour le jour, on ne verra jamais ta maison s’extraire de ses fondations. Tu peux rêver aux hauteurs du taff – et ta hiérarchie a tout intérêt à t’entretenir sur cette lancée – tu n’en seras en effet que plus productif, plus malléable, plus permissif. Et l’organisation matérielle de notre société, va te pousser à porter ton choix sur ton taff.

Je compte cependant pas lancer une pétition pour que papa puisse rester 4 mois de plus à la maison pour s’occuper de sa toute dernière usine à pleurs et à câlins, c’est pas mon article qui aura cette portée. Mais en revanche, je me permets – très cher lecteur – d’écrire dans ces quelques lignes que ton fils ou ta fille, c’est du maintenant à l’état pur, et que ce n’est pas avec nos 2 semaines et demi de congé qu’on risque de s’en souvenir.

Je vais conclure en citant un mec bien :

« Chaque minute que je passe gratuitement sur mon lieu de travail est une minute que je ne passe pas avec mon enfant. C’est une minute que je lui vole et qu’il n’aura jamais.« 

Marc Malhoi – père parmi les hommes

Voila, c’est la fin de l’article. Merci à toi de m’avoir lu et laisse nous un commentaire pour qu’on puisse discuter sur le sujet.

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